28 novembre 2017
Entrevues / Quoi de neuf

Direction Cologne avec la comtesse

Mario Girard, La Presse +

Encore grisés par le triomphe connu la veille à Dortmund, en Allemagne, les musiciens de l‘Orchestre Métropolitain ont mis le cap hier matin sur Cologne, là où le deuxième concert de leur tournée européenne était programmé. Deux autocars ont transporté les 89 musiciens et leurs instruments vers cette ville devenue mondialement célèbre pour sa cathédrale, le monument le plus populaire en Allemagne.

De mon côté, j’ai eu la chance de faire le trajet en voiture en compagnie de Marie-Nicole Lemieux et Stéphane Tétreault. Disons d’emblée que nous n’avons pas tellement eu le temps de regarder le paysage. Les sujets de conversation n’ont pas manqué. Et les rires non plus…

Pendant que Marie-Nicole Lemieux et moi poursuivons cette discussion à bâtons rompus, Stéphane Tétreault, plus réservé, écoute en souriant. Le jeune violoncelliste s’animera toutefois quand le sujet glissera sur les gens qui ont joué un rôle important dans leur carrière.

Pour Stéphane Tétreault, il s’agit sans l’ombre d’un doute de Yuli Turovsky. Le violoncelliste de 24 ans raconte comment, à l’âge de 9 ans, la directrice du programme de musique de l’école FACE où il était élève avait organisé cette rencontre.

« Quand Yuli Turovsky a ouvert la porte, j’ai vu qu’il était déçu de découvrir un petit garçon. Il ne voulait plus prendre de jeunes élèves. Il m’a finalement fait jouer un peu et il m’a dit qu’il allait me trouver un professeur. Je ne sais ce qui m’a pris, mais je lui ai dit que je voulais seulement étudier avec lui. »

Stéphane Tétreault a eu raison d’être tenace et audacieux. Cette relation maitre-élève a duré jusqu’à la mort du chef d’orchestre et fondateur d’I Musici, en 2013. Tétreault est aujourd’hui un virtuose qui enrichit de manière très adroite son répertoire. Au cours de la présente tournée, il interprète le Concerto pour violoncelle d’Elgar, une œuvre qu’il maitrise très bien, l’ayant interprétée il y a quelques années.

« On devrait enregistrer tous les deux, lui lance à brûle-pourpoint Marie-Nicole Lemieux. Tu pourrais faire le concerto et moi, le cycle Sea pictures d’Elgar. » « Quelle bonne idée ! », réplique Stéphane Tétreault.

Bien que quelques années les séparent, une grande complicité unit Stéphane Tétreault et Marie-Nicole Lemieux. Ils ont plusieurs choses en commun, à commencer par leur admiration pour Yannick Nézet-Séguin. « Il a le don de créer des ambiances de travail absolument incroyables, dit Marie-Nicole Lemieux au sujet du chef. On ne retrouve pas cela partout. » Stéphane Tétreault abonde dans le même sens.

Les deux me parlent de l’approche qu’adopte Nézet-Séguin avec les solistes. « Il va utiliser des expressions comme “J’ai une suggestion” pour nous parler, me disent-ils. Évidemment qu’on tient compte de sa suggestion. »

Outre Marie-Nicole Lemieux, Stéphane Tétreault, le chauffeur et moi, il y avait un autre personnage dans la voiture : la comtesse de Stainlein. Ce nom est celui du fameux violoncelle Stradivarius évalué à 6 millions de dollars qui est prêté à Stéphane Tétreault depuis 2012 pour une période indéterminée. Le précieux instrument, qui date de 310 ans, doit son nom à celle qui a été sa propriétaire durant le plus grand nombre d’années.

Un instrument d’une telle valeur est transporté avec beaucoup d’égards. Il est dans un étui conçu de manière à ce que l’instrument puisse « flotter ». Cela le met à l’abri des chocs et des secousses. J’étais évidemment curieux de savoir ce que ce violoncelle permet à Stéphane Tétreault de faire qu’il ne pourrait réaliser avec un autre instrument.

« Quand tu es musicien, il t’arrive de dire que tu aimerais obtenir telle ou telle couleur avec ton instrument et tu ne peux pas toujours. Avec cet instrument, tu peux avoir toutes les couleurs que tu désires. Bref, si ça ne sonne pas bien, c’est de ma faute, pas celle de l’instrument. » — Stéphane Tétreault

Nous étions en train de parler de la fille de Marie-Nicole Lemieux, âgée de 10 ans, quand nous sommes entrés dans la ville de Cologne. « Ma fille aime bien me voir à l’opéra, mais moins en récital », a dit la chanteuse. Stéphane Tétreault, lui, songeait à la performance qu’il devait offrir. « Je ne suis pas nerveux, mais disons que j’ai très hâte de jouer. »

Aussitôt sortis de la voiture, les deux amis se sont pris en photo avec la cathédrale en arrière-plan. Il y avait peu de traces à ce moment-là des solistes-vedettes qu’ils sont, suscitant soir après soir les acclamations du public. Il n’y avait là que deux fanfarons qui avaient envie de profiter du moment présent en rigolant.

Yannick Nézet-Séguin m’a dit en entrevue la semaine dernière qu’il n’était pas du genre à se faire embêter par des gens compliqués et mesquins : « La vie est trop courte », m’a-t-il confié. Après un trajet Dortmund-Cologne avec Marie-Nicole Lemieux et Stéphane Tétreault, on a vite compris qu’avec eux aussi, la vie est trop courte pour être trop sérieux.

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Jacques Ibert Henriette Renié Henriette Renié Johan Halvorsen / G. F. Haendel Franz Schubert
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