4 juin 2015
Critiques

Festival Classica : le romantisme allemand dans toute sa splendeur

Jacques Hétu, ResMusica

Le violoncelliste Stéphane Tétreault est un habitué du Festival Classica.

Il a ses adeptes, ses aficionados qui ne voudraient pour rien au monde manquer sa prestation. Il a l’intelligence communicative, le don de faire sourire son public nombreux et chaleureux. Dès les premiers coups d’archet sur son Stradivarius Comtesse de Stainlein, ex-Paganini de 1707, il fait corps avec l’instrument. Il sait varier les couleurs tel un peintre, la lumière s’irise sur les arêtes abruptes ou glisse sur des sonorités inouïes. Mais cela ne serait rien sans cette maîtrise extrême alliée à une grande  sensibilité, cette mise à nu des pièces choisies. Accompagné au piano par Zhengyu Chen, les deux artistes nous offrent des pages illustres de grands compositeurs, mais repensées, refondues dans un alliage piano/violoncelle qui n’appartient qu’à eux seuls.

Déjà entendu lors de son récital de l’an dernier, – le Divertimento en ré, de Joseph Haydn (arr. Piatigorsky), – le violoncelliste en donne une interprétation encore plus aboutie. La construction toute classique des trois mouvements, Adagio, Menuet et Trio et Allegro di motto, révèle une oeuvre aux portes du romantisme.

Celui-ci explose dans la première pièce de Schubert – la Sonate « Arpeggione », – oeuvre écrite dans des moments douloureux de sa vie, contemporaine  du Quatuor, La Jeune Fille et la Mort. Certes, la sonate expose les épisodes dépressifs du compositeur viennois. Malgré la gravité du thème, – les passages sont d’une grande profondeur d’âme  – la vie est toujours présente, et la virtuosité de Stéphane Tétreault le démontre magistralement dans l’Allegretto qui conclut la première partie du programme.

La complicité avec Zhengyu Chen au piano est totale. Il est significatif que le pianiste fasse dos au public, tout attentionné à son instrument et en communion avec le violoncelle. Face à l’auditoire, Stéphane Tétreault garde la maîtrise totale des pièces interprétées, par le rythme imposé aux oeuvres, et leur dynamisme, et leur fluidité.

Les deux pièces-maîtresses du concert, le Fantasiestücke et Rêverie (Träumerei) de Schumann sont toutes deux d’un romantisme exacerbé. Le violoncelle, dans la première pièce, traduit à merveille les péripéties passant de la nostalgie pour aboutir à une boule d’énergie puissante, frénétique. La Rêverie, les scènes d’enfants, malgré son titre, contient cette essence schumanienne, ce délire propre à son génie. Enfin, le Pezze capriccioso de Tchaïkovsky conclut cette traversée romantique sans faille.

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