15 juillet 2019
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Festival de Lanaudière: de beauté et de tristesse

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Natalia Wysocka, La Presse

Amis de longue date, le violoncelliste Stéphane Tétreault et le chef Nicolas Ellis souhaitaient monter sur scène ensemble depuis un moment déjà. Leur souhait s’est réalisé hier lors d’un concert donné par l’Orchestre Métropolitain au Festival de Lanaudière.

L’après-midi était calme et ensoleillé. Le site de l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, lui, clairsemé. Le risque d’orage avait visiblement freiné certains spectateurs sur la route de Joliette. Dommage, puisque c’est sous des cieux cléments que s’est déroulé l’un des concerts coup de coeur du Festival de Lanaudière. Celui où l’on a pu voir le violoncelliste soliste Stéphane Tétreault, 26 ans, qui a joué pour la première fois à ce même événement il y a huit ans déjà. Et qui le porte dans son coeur. Tout comme il y porte l’Orchestre Métropolitain, qu’il « adore » (c’est confirmé).

Pour lancer l’événement, l’ensemble a présenté le Capriccio espagnol, op. 34 de Rimski-Korsakov, plongeant le public dans de joyeuses prédispositions. Entrain, bonheur, allégresse… C’était « festif », comme l’a dit Nicolas Ellis.

Suite à quoi le sympathique collaborateur artistique de l’OM s’est réjoui des applaudissements harmonieux de la foule, approuvant de leur sonorité étudiée. « Très beau crescendo et décrescendo, a-t-il commenté. Franchement, il y a beaucoup de talent dans la salle. » Puis, il a convié les convives à « entrer dans un autre monde ». Soit celui de Chostakovitch, et de son Concerto pour violoncelle no 1, op. 107. Une oeuvre de 1959 dotée « de toutes sortes de couleurs absolument incroyables ». Une oeuvre, surtout, intimement liée à la vie personnelle et politique du compositeur russe ayant vécu sous le régime soviétique.

Dans un souci d’échange avec les spectateurs, que l’on sent toujours bienvenu et apprécié, le chef s’est alors employé à expliquer le contexte et le propos de l’oeuvre. À savoir, ce contraste marqué que l’on y entend entre « la folie du violoncelle » et « l’impuissance de l’orchestre ». Un orchestre qui voit un homme incapable de supporter un certain système politique, a noté Ellis.

« Pour nous, musiciens, c’est un peu comme la vraie vie. Nous aussi, nous ressentons parfois cette frustration qui vient du fait de ne pas pouvoir venir en aide à quelqu’un. De devoir rester distant »,  a-t-il expliqué.

Loin de se sentir en retrait, le public s’est immergé dans la musique, alors que l’orchestre interprétait l’oeuvre dans cette unité qui a fait sa signature. La communion entre les artistes sur scène traduisait parfaitement le sentiment d’isolement, de détresse, de tristesse. Et toute la gravité et la douleur de ce concerto très cher à Stéphane Tétreault. « Je le travaille depuis des années, nous a-t-il confié après la représentation, rappelant que son ancien mentor, le regretté Yuli Turovsky, a « lui-même vécu des moments avec Chostakovitch ». Et qu’il l’a longtemps nourri en anecdotes et en détails historiques. « C’est passionnant de revisiter cette oeuvre qui m’a profondément marqué. C’est toujours touchant. »

On sentait d’ailleurs à quel point l’oeuvre remuait le musicien qui, pour la petite histoire, avait 16 ans la première fois qu’il a partagé la scène avec l’OM sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Dans son jeu, l’émotion était brute. « C’est sûr qu’à la fin du Concerto, je ne peux pas dire que je suis l’homme le plus heureux au monde ! », s’est-il exclamé. Surtout qu’hier, la pièce a pris une signification d’autant plus profonde pour le violoncelliste de talent. « J’ai vécu deux deuils cette semaine… a-t-il confié. Pour jouer cette oeuvre, j’avais besoin de beaucoup d’énergie et de personnes qui m’appuyaient. »

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