14 février 2021
Entrevues

Stéphane Tétreault: naviguer entre folie et tragédie

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Emmanuel Bernier, Collaboration spéciale

Le violoncelliste Stéphane Tétreault est probablement parmi les musiciens classiques québécois qui ont été les plus occupés depuis le début de la pandémie. Il s’est confié au Soleil en prévision d’un concert qui sera webdiffusé par Pro Musica du 14 au 28 février.

Bien que plusieurs projets de concerts initialement prévus pour la saison 2020-2021 — dont quelques-uns dans l’Ouest canadien — ont été mis sur la glace, le jeune musicien est loin de chômer. Autant l’Orchestre Métropolitain que l’Orchestre symphonique de Québec et le Festival Bach de Mont­réal l’ont invité à se produire.

«J’ai eu beaucoup de chance, surtout à l’automne, de travailler beaucoup et de faire plusieurs captations. Je me compte tellement chanceux de pouvoir continuer à travailler en ces temps difficiles. Le printemps s’annonce un peu moins occupé, mais j’ai quand même quelques beaux projets qui s’en viennent», résume le violoncelliste.

Programme Chopin Schumann

Un des moments forts des prochaines semaines sera assurément la diffusion d’une prestation qu’il a enregistrée en novembre dernier au Domaine Bavarois de Dunham avec la pianiste Lysandre Ménard pour la société montréalaise Pro Musica. «C’est quelqu’un que j’aime beaucoup! Nous nous connaissons depuis presque 20 ans, souligne Stéphane Tétreault. Nous avons fait beaucoup de concours ensemble quand nous étions jeunes et cela doit faire cinq ou six ans que nous faisons des concerts tous les deux.».

Sa partenaire musicale s’est fait connaître hors de la scène classique par son rôle de jeune virtuose dans le film La passion d’Augustine de Léa Pool. La pandémie ayant forcé son retour de Grande-Bretagne, où elle s’est perfectionnée en musique de chambre à la prestigieuse Royal Academy of Music de Londres, elle a volontiers participé à ce projet de captation.

Le répertoire du récital, choisi conjointement, met en lumière deux monuments du répertoire de chambre romantique, la Sonate pour violoncelle et piano de Chopin et les trois Fantasiestückeopus 73, de Schumann. Même s’il les a dans les doigts depuis longtemps, le musicien voit encore plusieurs défis dans ces œuvres.

Dans la sonate, «on trouve quelques difficultés techniques, mais c’est surtout musicalement que c’est exigeant, considère-t-il. C’est dur de retrouver cette tragédie, cette couleur assez nostalgique [caractéristiques de la partition], étant donné que Chopin a composé la sonate en fin de vie. On retrouve un Chopin qui était très malade, qui n’était pas bien du tout, et cela s’entend beaucoup dans la musique».

Le légendaire témoignage de Jacqueline du Pré, le dernier enregistrement que la sclérose en plaques a permis à la violoncelliste britannique de faire en studio, constitue une source d’inspiration importante pour lui. «On entend l’urgence, le besoin de s’exprimer… Ça me touche beaucoup comme enregistrement», s’émeut Stéphane Tétreault.

Des Fantasiestücke, le jeune musicien écoute surtout des enregistrements de la version originale pour clarinette et piano. «Comme dans Schumann en général, le défi est de retrouver ce caractère un peu bipolaire, un peu schizo­phrène bien caractéristique. On sait que Schumann a lutté beaucoup avec la maladie mentale, surtout en fin de vie. On retrouve dans ces pièces-là beaucoup de changements de tempos, d’atmosphères, de nuances, d’émotions. Il faut essayer de faire ces changements, mais que tout reste vraiment uni, que tout se tienne bien ensemble», précise-t-il.

En attendant de pouvoir rejouer devant public, Stéphane Tétreault participera à quelques concerts de musique de chambre, notamment un programme de musique française enregistré avec la pianiste Sandra Murray pour Orford Musique qui sera offert sur le Web du 5 au 7 mars.

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