18 février 2021
Critiques / Quoi de neuf

Stéphane Tétreault et Lysandre Ménard, une Carte Blanche passionnée

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Daniel Raymond, atuvu.ca

Depuis dimanche le 14 février, la Société Pro Musica nous propose le deuxième concert de sa série Cartes Blanches. Cette fois-ci le régal musical nous est offert par le violoncelliste Stéphane Tétreault et la pianiste Lysandre Ménard. La captation audiovisuelle, signée par le réalisateur Louis Godbout, d’une durée d’une heure pile, est disponible à partir du site internet promusica.qc.ca et sur la plateforme Livetoune jusqu’au 28 février.

Les forces en présence

« Récipiendaire d’innombrables prix et distinctions, Stéphane Tétreault a partagé la scène avec de célèbres musiciens de renommée internationale. »  Il a l’insigne privilège de jouer sur le violoncelle « Countess of Stanlein » – ayant appartenu au célèbre Niccolò Paganini (1782-1840) – un stradivarius datant de 1707, qui lui est généreusement prêté par Mme Sophie Desmarais depuis plus de huit ans maintenant.

« Remarquée pour ses admirables qualités artistiques, autant comme pianiste que comédienne, Lysandre Ménard s’est distinguée dans de nombreux concours et a donné plusieurs concerts au Québec, aux États-Unis et en Europe. »

Les deux œuvres au programme

Fantasiestücke pour violoncelle et piano, op.73, de Robert Schumann. Douze minutes de fantaisie qui, au dire de Stéphane, « nous font vivre un voyage extraordinaire. Trois pièces extrêmement contrastantes dans lesquelles on retrouve un Schumann bipolaire qui commence à être malade, à être dérangé. »

Et quelques trente-cinq minutes de bonheur avec la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur, op. 65, de Frédéric Chopin. Selon Stéphane, cette sonate « est extrêmement émouvante. C’est la dernière œuvre du compositeur alors qu’il était très malade. Œuvre empreinte « d’amour, de passion, de résignation » et reflet d’une « peine d’amour épouvantable ».

L’exécution

Dire que Stéphane Tétreault maîtrise son instrument est un euphémisme. Il ne le maîtrise pas, il le domine. Il l’assujettit à ses états d’âme et à ses passions. Il en fait ce qu’il veut. Il le fait rire, chanter, pleurer, et même se lamenter. Je rappelle que la critique a régulièrement souligné sa grande sensibilité et son époustouflante dextérité, qui sont d’ailleurs plus que manifestes durant ce concert.

Quant à Lysandre, c’est avec incontestable brio et maestria qu’elle survole le clavier de son Steinway, le touche, l’effleure, le caresse, le brasse, le brusque, le parcourt avec grâce et retenue ou encore s’emporte énergiquement.

Avec son talent, elle en impose. De son instrument, elle dispose. Avec la musique, elle est en osmose. Au ravissement, elle nous prédispose. Par temps morose, elle colore en rose. Bref, c’est une virtuose!

À les voir s’échanger régulièrement œillades et sourires durant l’exécution, on devine aisément la complicité qui unit les deux émérites et très expressifs instrumentistes, qui s’immergent totalement dans leur interprétation et s’efforcent de rendre perceptibles toutes les colorées et émotives nuances musicales de l’œuvre. Si vous êtes friands de « grande musique », vous serez copieusement servis et certainement comblés par ce duo de choc.

Ce concert, qui nous gratifie d’un déchaînement de passions et d’une tempête d’émotions, bénéficie d’un riche et constant dialogue, tout en nuances, entre le piano et le violoncelle. Observer le travail de Lysandre et Stéphane, et les voir littéralement surfer sur les moments de grande virtuosité, dont ils s’acquittent haut la main, ajoute grandement à l’intense plaisir que l’on éprouve à les écouter, et à se laisser irrésistiblement séduire, emporter et planer.

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