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6 janvier 2023
Entrevues

RENCONTRE | Suite Tango: bandonéon, violoncelle et passion

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Caroline Rodgers, Ludwig van Montréal

En juin 2021, au Festival Classica, Denis Plante et Stéphane Tétreault faisaient la création des Six pièces originales inspirées des suites pour violoncelle de J.S Bach, pour bandonéon et violoncelle, qui avaient fait vive impression. On peut désormais les entendre sur l’album Suite Tango, paru chez ATMA Classique. Rencontre avec les deux artistes. .

Denis Plante a de multiples cordes à son arc: bandonéoniste, arrangeur, compositeur, dramaturge, et plus encore. Son catalogue compte plus d’une centaine d’œuvres. Il a également signé plusieurs pièces de théâtre, dont la plupart accordent une grande place à la musique, notamment son opéra-tango La bibliothèque interdite.

Cette collaboration avec Stéphane Tétreault n’est pas la première.

« Marc Boucher, le directeur artistique du Festival Classica, nous avait d’abord rejoints il y a quelques années afin de donner un concert en duo pour lequel j’avais arrangé de mes pièces ainsi que des pièces de Piazzolla, dit Denis Plante. comme cela avait eu beaucoup de succès, il nous a demandé de revenir l’année suivante. J’en ai profité pour écrire quelque chose sur mesure pour Stéphane. La même année, il jouait d’ailleurs aussi l’intégrale des Suites pour violoncelle seul de Bach au festival. Notre concert arrivait comme un complétement de cette expérience et je ne crois pas que ce disque aurait existé si je n’avais pas rencontré Stéphane. C’est vraiment sa façon de jouer et sa force d’expression qui m’ont convaincu. »

Il a donc composé six suites, comme Jean-Sébastien Bach, mais pour ces deux instruments au premier abord complètement étrangers. Le résultat est recherché, inspiré et inspirant.

Photo : Jeremy Dionn

Mais quel est le lien entre Jean-Sébastien Bach et le tango?

« Il y en a un dans la mesure ou les suites de Bach sont des suites de danse: courante, gavotte, sarabande, dit le compositeur. On l’oublie parfois, aujourd’hui. Le tango contemporain a suivi un peu le même chemin en passant de la danse au concert. Je trouvais cela inspirant d’aller puiser dans les rythmes d’Argentine pour écrire de nouvelles suites de danse. »

Les timbres du violoncelle et du bandonéon vont bien ensemble, tout comme le violoncelle va aussi bien avec la harpe dans le cadre du projet Transfiguration, que Stéphane Tétreault mène avec Valérie Milot et qui a fait l’objet d’un autre disque ATMA Classique.

Photo : Frédérik Robitaille

« Je pense que le violoncelle est un instrument très polyvalent, dit Stéphane Tétreault. On le connaît beaucoup à travers son répertoire conventionnel, mais dans les arrangements ou dans ce nouveau répertoire original, avec le bandonéon – comme c’est le cas pour la harpe – les deux instruments ont des couleurs complémentaires, qui s’agencent bien. En plus de jouer de grands classiques comme les concertos pour violoncelle, j’adore aller plus loin à travers des collaborations avec d’autres artistes. Pour moi, c’est vital. Si je n’avais pas ces collaborations et ces amis, en musique et dans la vie, je pense que je ne serais pas capable de faire une carrière. J’aime être soliste, mais je ne voudrais pas être toujours seul à jouer sur scène. Les collaborations et la musique de chambre, c’est très important. Durant la pandémie, ce qui a été le plus difficile pour moi, c’était de ne pas pouvoir jouer avec d’autres. »

Le violoncelliste ajoute qu’il adore le tango.

« J’ai toujours aimé cette musique, dit-il. Je pense que c’est la passion, l’énergie et l’authenticité de la communication et de l’expression qui m’interpellent énormément. On ressent une urgence de s’exprimer dans cette musique, que l’on ressent même avant de commencer à jouer. »

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